Non, vous n’avez pas à être fier de votre travail

Vous avez peut-être vu sur le net cette vidéo qui circule, montrant le chanteur Gauvain Sers fredonner d’une voix monocorde « Même si je suis payée au lance-pierre, c’est mon métier et j’en suis fière » devant quelques femmes de ménage de l’Assemblée nationale et en arrière-fond François Ruffin, assis sur une table. Elles semblent convoquées comme figurantes de leur propre vie et regardent cet « hommage » qu’on leur donne, sommées implicitement d’incarner l’émotion que le dispositif de communication politique attend d’elles, chacune instrumentalisée par cette énième tentative désespérée d’asseoir la popularité de Ruffin.  Au-delà de la nullité de cette vidéo, elle témoigne d’un problème structurel dans une partie de la gauche sur la manière de défendre les intérêts des travailleuses et travailleurs, ou de faire semblant de le faire.

Il y a, dans la communication politique, y compris au sein de la gauche, une tendance à vouloir valoriser ceux qui travaillent bien, sont fiers de leur travail, voire à considérer qu’il existe une « valeur travail ». Ruffin le dit clairement dans un discours à l’Assemblée nationale : « Nous sommes là pour renouer avec l’histoire, la grande histoire du mouvement ouvrier. Quelle est-elle ? C’est à la fois la fierté du travail et la dignité par le travail, c’est gagner sa vie en travaillant, tout en libérant du temps hors travail ». Pourquoi donc la « fierté du travail » ? D’innombrables personnes ne sont pas fières de leur travail, doit-on dès lors les laisser tomber et ne pas essayer de les sortir de l’exploitation ? Pourquoi faudrait-il à tout prix être fier de son travail ? La gauche de transformation sociale ne devrait pas chercher à mettre en valeur le travail salarié, mais, à l’inverse, à réduire son emprise sur l’existence, à desserrer l’identification de l’individu à son emploi. Vouloir à la fois célébrer la fierté…

La suite est à lire sur: frustrationmagazine.fr
Auteur: Guillaume Étievant

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