L’année de parution d’À nos amis du comité invisible est aussi celle d’un livre entièrement consacré au pouvoir infrastructurel et encore non traduit en français, Extrastatecraft : the Power of Infrastructure Space, par l’architecte Keller Easterling, enseignante à Yale aux États-Unis. Dans l’ensemble de ses livres, d’Organization Space (1999) à Medium Design (2021), Easterling développe une critique des dispositifs de production de l’espace globalisé et des divers récits du libéralisme qui les accompagnent.
« Le pouvoir réside désormais dans les infrastructures de ce monde. Le pouvoir contemporain est de nature architecturale et impersonnelle, et non représentative et personnelle. (…) Le pouvoir, c’est l’organisation même de ce monde, ce monde ingénié, configuré, designé. (…) Le pouvoir est désormais immanent à la vie telle qu’elle est organisée technologiquement et mercantilement. »
Comité Invisible, À nos amis
En 2014, dans À nos amis, le comité invisible s’attardait sur les mécanismes de détermination sociale liés aux dispositifs logistiques et infrastructurels de l’organisation matérielle de la vie humaine. Il poursuivait ainsi le travail entamé par la revue Tiqqun15 ans plus tôt qui explorait notamment les relations entre libéralisme, dispositifs, et politique de la vie humaine — ou biopolitique — des concepts que Michel Foucault a développés dans sa généalogie du libéralisme : Sécurité, Territoire, Population, puis Naissance de la Biopolitique (1978-1979). Selon Foucault, l’émergence du libéralisme est celle d’une technologie de gouvernement qui cherche à maximiser certains phénomènes en intervenant sur nos milieux de vie. Cette intervention prend la forme de dispositifs : des organisations architecturales, économiques, juridiques, et, plus tard, informatiques. Une ligne à haute tension, une autoroute, un sens giratoire, un supermarché, une banlieue…
Auteur: dev

