L’annulation de la participation de Nadav Lapid au FID de Marseille a fait couler beaucoup d’encre [1]. Pour Catherine Hass, « le caractère apparemment paradoxal du moment tient (…) au fait que des personnes en accord sur des aspects essentiels sur ce qui a lieu en Palestine et la politique israélienne s’organisent en désaccords irréductibles à la faveur d’un durcissement ». Épisode symptôme de la pensée post-7 Octobre du rapport Israël-Palestine, elle fait l’hypothèse que l’on peut en tirer quelques enseignements politiques. Une proposition tout en souplesse mais sans grand écart.
Bien qu’il n’y eût pas de film israélien à boycotter, pour qui n’est pas aligné sur le credo du boycott culturel formulé par le PACBI [2] en 2004 et tel que porté par ses relais en France, le retrait du cinéaste Nadav Lapid du FID de Marseille laissa incrédule de nombreuses personnes, notamment parce que, membre du jury, aucun de ses films n’était projeté, y compris lors la rencontre qui lui était consacrée – décidée après le retrait du jury afin de maintenir sa présence dans le festival [3]. L’incompréhension vint de ce que l’on ne voyait pas très bien ce que l’on pouvait, politiquement parlant, lui reprocher : estimant légitime le boycott, y compris pour son film Oui, exécrant un pays qui l’exècre (avec jubilation) en retour, il n’a, depuis plus de trois ans, outre son film, retenu aucun de ses coups, contre l’annihilation de Gaza et la guerre génocidaire, contre la colonisation de la Palestine, le suprémacisme juif et le fascisme ethnoreligieux de l’État, ou encore, pour des sanctions réelles contre Israël. Passé du film, Oui, à sa seule personne, l’ostracisme fit en France coup double – triple si l’on y inclut Israël. Le rejet ne visait donc pas une œuvre en fonction de son financement mais bien un individu et cet individu en particulier qui, pour beaucoup, du fait précisément de ses positions, n’était vraiment pas le bon…
Auteur: dev

