Fanny Gallot est historienne au Centre de recherche en histoire européenne comparée (CRHEC) à l’Université Paris-Est Créteil. Autrice de Mobilisées ! Une histoire féministe des contestations populaires (Seuil, 2024), elle revient sur ce qui a participé à produire le mouvement « Bloquons tout », et en quoi il révèle une crise de la reproduction sociale.
Le mot d’ordre, « Bloquons tout », est-il situé en termes de genre ? Vu l’inégalité de la répartition du travail gratuit, et l’écart de salaire entre hommes et femmes, bloquer un mercredi renvoie-t-il à la même réalité ?
Fanny Gallot : Non, pas du tout, le mercredi est typiquement un jour où la gestion des enfants retombe sur les mères. Les mobilisations le mercredi, c’est très rare. Habituellement, les syndicats l’organisent le mardi ou le jeudi et les gilets jaunes, c’était les samedis. Hier, me concernant, j’ai dû garder six enfants, justement pour permettre à des proches de se mobiliser. Mais c’est le début de la mobilisation, les gardes collectives et alternatives ne se sont pas encore totalement mises en place, comme il en existait dans des luttes antérieures – notamment celles contre le choc des savoirs en Seine-Saint-Denis, où j’habite. Cette différence faite, il ne faut pas nier la mobilisation des femmes pour autant. Elles étaient aussi présentes hier.
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Que pensez-vous de ce mot d’ordre ?
Il traduit un renouvellement des contestations. Il ne s’agit plus seulement de manifester et/ou de faire grève. Ce sont d’autres modalités d’action qui sont investis. Au début de « Bloquons tout », durant l’été, il était aussi question du boycott de la…
Auteur: Hugo Boursier

