« Nos frontières humaines sont imposées à tous » : les murs et grillages menacent le vivant

De l’échelle des jardins à celle des nations, notre espèce s’évertue à ériger des murs. Mais les frontières, dans le reste du monde vivant, se distinguent avant tout par leur porosité, explique Jérôme Sueur, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et spécialiste de l’écoacoustique (l’analyse du rôle des sons pour la biodiversité). Il publie aux éditions Actes Sud Frontières vivantes, de la porosité du monde, des cellules aux écosystèmes. Un livre magnifique, qui renverse notre regard sur la notion de frontière. S’opposer artificiellement aux mouvements, écrit-il, « mène à la suffocation et à l’écroulement ». En tentant d’étanchéifier l’espace, nous étranglons la vie.

Reporterre — On vous connaissait surtout pour votre travail d’écoacousticien. Comment en êtes-vous venu à travailler sur le sujet des « frontières vivantes » ?

Jérôme Sueur – J’avais envie de sortir de mon hyperspécialité, d’élargir mon regard. J’ai toujours été attiré par les lisières forestières, ces changements radicaux entre un champ et une forêt bien dense. Je me suis demandé s’il y avait d’autres lisières dans le vivant et quelles étaient leurs modalités de fonctionnement, de l’échelle des cellules à celle des grandes organisations géographiques. À titre personnel, je suis aussi très touché par la crise des migrants. Tout cela s’est mélangé, et m’a donné cette idée.

De quoi parle-t-on, quand on parle de « frontière du vivant » ? Quelles sont leurs caractéristiques ?

C’est un endroit qui va séparer deux états structurels, morphologiques, physiologiques ou même évolutifs : la membrane d’une cellule, l’interface entre le monde liquide et aérien, la zone intertidale [les espaces exposés au flux et reflux des marées]… C’est là où l’on passe d’un milieu à un autre, d’un corps à un autre, où un changement s’opère.

Quels…

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Auteur: Hortense Chauvin