Du 22 au 29 mars, l’ami Ghassan Salhab ouvrira son atelier au cinéma du réel, festival international du film documentaire, qui se tient chaque année à Paris. Le programme détaillé est disponible sur le site du festival. En attendant, il nous a transmis ce texte en guise d’introduction et d’invitation, « en ces temps de consentement à un génocide ».
Les esprits ont été contraint au mensonge
Nous parlons à travers des images, et nous savons
Que ce que nous disons n’est pas ce qui est
Al-Ma’arrï, poème CIV
Quel est donc ce mouvement des images qui n’en finit plus de hanter le monde ? Quel est donc ce geste ?
Ferme les yeux, me suis-je dit. Juste ferme-les. Le plus longuement possible. Ne cherche pas à entendre pour autant, encore moins à écouter. Ne cherche rien. Ne force rien. Respire le plus calmement possible, une expiration après une aspiration, une autre expiration après une autre aspiration. Tu finiras bien par rouvrir les yeux, me suis-je encore dit, par tourner l’écran de ton portable vers toi et voir ces quelques vidéos que tu as filmé à travers le pare-brise avant de la voiture d’un ami, différentes routes qui traversent plus d’une ville, plus d’un village, pilonnées, et qui à chaque fois s’interrompent brusquement, l’armée Israélienne toujours occupant la zone frontalière, ces canons et son aviation menaçant, frappant comme bon lui semble, partout et à toute heure. Tu finiras bien aussi par ouvrir ce carnet noir que tu laisses délibérément traîner sur ta supposée table de travail, par griffonner quelque chose. Ce qui vient, ce qui veut bien venir, même si plus grand-chose ne vient précisément, même si chaque phrase, chaque mot, le moindre acte, la moindre action, la moindre articulation, sont de plus en plus arrachement. Relever, consigner, noter, enregistrer, filmer, malgré tout ? Révéler, se révéler ? Dire et redire encore, redire autant de fois que la redite…
Auteur: dev

