La dominiation politique des démocraties libérales a longtemps reposé sur la croyance que son pouvoir était raisonnable, ordonné et rationnel. Mais que se passe-t-il lorsque ces régimes vacillent, en tous cas leurs fondements idéologiques ? C’est la question qu’adresse ici le philosophe Alain Brossat qui voit deux modalités d’un retour du théologico-politique : l’une vulgaire et crasse, celle des dominants, incarnée par Trump, l’autre « des opprimés aux visages multiples [qui] surgie sur les ruines des discours d’émancipation, révolutionnaires, marxistes, nationalistes. » Chassez le théologico-politique et il revient au galop et peut-être même par la fenêtre.
Qu’est-ce qui, dans les rodomontades de Trump à propos de l’annexion du Canada, du rachat du Groenland au Danemark par les Etats-Unis, de la transformation de Gaza, vidée de ses habitants, en Riviera promise aux riches touristes d’Occident et des Emirats (etc.), produit sur le quidam des démocraties libérales un tel effet non pas seulement de sidération, mais surtout d’exténuation (tant morale que politique) ?
Ce n’est pas seulement qu’il y entend le langage de la force, en tant que celle-ci s’opposerait toujours plus décidément au droit. Le langage de l’arbitraire, de l’esprit de démesure (la fameuse hybris trumpienne), celui d’un nouveau despotisme, entièrement obscur. C’est aussi (et peut-être surtout) qu’il y perçoit les échos d’une petite musique insinuante et autrement dangereuse : celle du retour en force du théologico-politique et dont le désastre du présent serait à la fois le théâtre et l’enjeu.
Les fanfaronnades de Trump, accompagnant son comeback tonitruant à la Maison blanche, s’inscrivent bien sûr dans le droit fil de son slogan de toujours « Make America Great Again ». Mais on aurait tort de réduire celui-ci aux simples conditions du néo-patriotisme réactionnaire qu’est censé incarner…
Auteur: dev

