Un père parle à son fils de ce que fût sa vie. Sioma raconte à Alec ce vingtième siècle de feu et de sang qu’il a traversé les armes à la main : depuis sa ville natale d’Odessa jusqu’à Paris, en passant par Haïfa et Saragosse. Comme une immense guerre civile d’ampleur mondiale, sans début ni fin, opposant les forces du Bien contre celles du Mal. Si cela peut paraître manichéen, il n’en reste pas moins que la fresque composée par les souvenirs de ce héros juif et révolutionnaire a tout d’un récit d’ « aventures extraordinaires » ainsi que l’annonce le titre du livre. Dans ce texte qui tient à la fois de l’épopée et du manuel d’histoire, de la biographie et du roman, il est avant tout question d’amour.
La rencontre entre Sioma et Tsipora a quelque chose d’un coup de foudre cinématographique. Cela se passe dans les années vingt, à Odessa, alors que celui qui n’est encore qu’un adolescent se retrouve pris, avec son meilleur ami, Gédéon, dans de violentes rixes contre les Cent-Noirs, ces jeunes ukrainiens qui inspirent la terreur aux juifs, et, en particuliers aux juifs communistes.
Les Cent-Noir avançaient sur nous, brandissant leurs chaînes et leurs gourdins. Gédéon ne bougeait pas. Je le sentais hésitant, désireux de négocier. Je me demandais comment lui insuffler ma détermination. Mon cœur battait fort. C’était eux ou nous… Je les fixais sans ciller, bien en face. Je me sentais solide sur mes jambes, fort de mes épaules, de ma belle taille, des muscles de mes bras, de ma précision au lancer de pierres que je venais de ramasser. Je les ai regardés en face, les yeux dans les yeux. Ils ne bougeaient pas. Puis j’ai vu Gédéon, calme, serein, s’avancer vers Dimitri. C’est alors que Nikolaï lui a assené un coup de gourdin en plein tête, par -derrière. Mon ami est resté figé pendant une fraction de seconde, le regard plein d’incompréhension, avant de tomber sur le ventre, un sourire encore flottant sur les lèvres. J’ai craint qu’il n’ait désormais plus rien à défendre ni à aimer. J’ai lancé ma pierre vers Dimitri. Atteint en pleine tête, il a chancelé, puis il est tombé, mais ses acolytes se sont précipités sur moi. Ils m’ont mis à terre, matraqué à coups de gourdin, frappé en pleine poitrine, en plein ventre avec leurs bottes en me traitant de chien, de sale Juif, de rouge, de vermine. J’étais en sang. Je serrais les dents pour ne pas crier, c’était atroce, j’ai cru mourir.
Et l’amour, là-dedans, me demanderez-vous ?…
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Auteur: lundimatin

