Notes brèves sur Ceuta

Sylvain George s’est rendu à Ceuta pendant le mois d’août, soit juste après que l’infâme panique morale et politique de « l’invasion » soit retombée. Il nous a transmis ces quelques notes qui prolongent sont article Ceuta : la hogra et le monde qui brûle. Il revient sur ce qui se joue après le franchissement de la frontière : camps, attente, enfants, violences, racialisation et gouvernement des corps.

Je suis arrivé à Ceuta lorsque ce que les journaux, les gouvernements et les droites européennes avaient immédiatement nommé « l’invasion » était, disait-on, terminé. Les dizaines de milliers de personnes entrées dans l’enclave à la fin du mois de juillet avaient pour la plupart disparu des écrans, reconduites au Maroc, dispersées dans la ville ou maintenues dans différents lieux d’hébergement, de contrôle et de survie. Le spectacle de la multitude s’était défait. Il restait des hommes très jeunes pour la plupart, parfois des enfants, dormant sur les plages, aux abords du CETI (Centre d’accueil des étrangers), derrière les entrepôts ou dans des chabolas faites de bois, de plastique, de couvertures et de matériaux récupérés ; des pieds blessés, des corps épuisés, des téléphones que l’on recharge lorsque cela est possible, des appels à une mère, à un frère, à un ami resté de l’autre côté, des vies suspendues à une question dont personne ne connaît encore la réponse : quand partir, où aller, comment sortir de Ceuta ?

I. La frontière se déplace

La première chose qui frappe est peut-être celle-ci : après avoir franchi la frontière, ils ne cessent pas de vivre sous son régime. La frontière n’est plus seulement cette ligne qui sépare le Maroc de l’enclave espagnole, elle se déplace avec eux.

Ceuta est une petite ville, d’environ 18 kilomètres carrés pour un epopulation de près de 83000 habitants. Cette petitesse rend le phénomène presque immédiatement…

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Auteur: dev