Notre appétit pour l'IA alimente la violence au Congo

Celia Izoard est autrice et journaliste. Elle est l’autrice de La ruée minière au XXIe siècle — Enquête sur les métaux à l’ère de la transition (éd. Seuil, 2024) et d’un recueil sur les usines du numérique (La Machine est ton seigneur et ton maître, Xu Lizhi, Yang, Jenny Chan, éd. Agone, 2022). Dans ces nouvelles chroniques, elle explore et divulgue les bas-fonds du capital.


Le 28 janvier, près de deux cents mineurs, hommes, femmes et enfants, sont morts ensevelis dans l’effondrement de la mine de Rubaya, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). La même semaine, au Forum économique de Davos, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, s’est félicitée que « l’Europe mène la course pour les technologies clés de demain ». D’un côté, les corps paralysés dans la boue, de l’autre, l’Europe menant la course. Immobilité tragique versus avancée triomphale : ces deux images sont le revers d’une même pièce.

La mine de Rubaya ressemble à une gigantesque taupinière, une montagne de terre parsemée de trous. Situé dans la région congolaise du Kivu, ce complexe minier artisanal, foré de toutes parts par des hommes et des enfants avec des pelles rudimentaires, est devenu l’épicentre de la course mondiale à l’IA. Il produit à lui seul près de 20 % du tantale mondial, métal que l’on obtient à partir d’un minéral nommé coltan. Ce dernier est utilisé comme isolant dans les condensateurs, des petites bobines que l’on trouve dans la plupart des circuits électroniques.

Une mine sous occupation militaire

Ses cours ont bondi ses dernières années : le tantale permet de produire des condensateurs et des puces électroniques résistant à l’échauffement des milliers de serveurs entassés dans les data centers hyperscale [aux capacités massives]. « Les condensateurs de tantale sont particulièrement adaptés aux exigences des serveurs d’IA en…

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Auteur: Celia Izoard

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