La prolongation du parc nucléaire et la construction de nouveaux réacteurs sont inscrites au programme d’Emmanuel Macron pour son second quinquennat. Certains, dans le secteur, s’en réjouissent. Mais au sein des centrales, ce projet laisse nombre de travailleurs incrédules. Pour eux, les conditions ne sont pas réunies pour qu’une telle ambition puisse voir le jour.
« Réussir, au quotidien, à faire tourner les centrales existantes c’est déjà très compliqué », disent-ils. À l’usure des machines, qui nécessitent une maintenance sans cesse plus coûteuse, s’ajoutent la raréfaction des compétences au sein d’EDF, le statut précaire des dizaines de milliers de sous-traitants qui assurent l’entretien de ces énormes machines, et la fragilisation continue des collectifs qui mettent en péril la simple possibilité de travailler et, par ricochet, la sûreté des installations.
Un nombre incalculable de coups de fils, de mails et de réunion pour… une vis
« Récemment, dans la centrale où je travaille, il y avait une vis de diamètre 5 qui était abîmée, raconte Benoît, ingénieur mécanique en charge de la maintenance. C’est une pièce importante, qui sert à fixer un capteur de vitesse sur une pompe qui doit alimenter le mécanisme de refroidissement du générateur de vapeur en cas de problème », poursuit-il. L’ensemble doit pouvoir résister au choc d’un séisme, car le générateur de vapeur est un rouage essentiel du fonctionnement d’une centrale.
Usée, cette vis ne tenait plus grand-chose. Il fallait donc la remplacer vite. « Le bon sens dit qu’il faut prendre le diamètre au dessus, pour qu’il n’y ait plus de jeu dans le pas de vis, détaille Benoît. Mais comme c’est un matériel important, qui engage la sûreté, on n’a pas le droit de le modifier comme ça. Même si c’est évident et qu’il n’y a pas besoin de grands calculs mathématiques pour le comprendre, ou le prouver. Résultat : un nombre incalculable de coups de fils, de mails et de réunions. Des dizaines de personnes ont été mobilisées pour ce problème de vis qui n’en était pas un. »
Ces situation aberrantes se multiplient, soupire Luc, membre d’une équipe de conduite depuis 30 ans. « Avant, si on avait un problème, on le soumettait à nos supérieurs, aux ingénieurs qui géraient le site, et ils prenaient la responsabilité d’y répondre. Aujourd’hui pour un même problème, je dois solliciter une organisation. Plus jamais des personnes. » Plus personne, au sein des hiérarchies, ne veut se…
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Auteur: Nolwenn Weiler

