Rebâtir la flèche de Notre-Dame de Paris, rebâtir la flèche de Saint-Denis. Qui aurait pu imaginer, il y a dix ou vingt ans, que les passions patrimoniales les plus ardentes en France auraient porté sur la légitimité de reconstruire ou non, ou sur la manière de reconstruire – à l’identique ou avec les lignes modernes – des parties disparues de deux cathédrales ? Ce début de millénaire est aussi marqué par la fin d’un tabou : celui de la condamnation absolue de la reconstruction à l’identique.
La fin d’un tabou séculaire
La charte de Venise, publiée en 1964, déclarait que « tout travail de complément reconnu indispensable pour raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps ». Notons que le texte de la Charte ne contient pas les termes « dernier état connu », qui provient sans doute de son interprétation par les services du ministère de la culture dans les années 1980.
La charte de Venise est le fruit d’un double logique. Fille de la Seconde Guerre mondiale, elle acte le basculement d’une approche des monuments liée à l’histoire, héritée du XIXe siècle, vers une approche mémorielle, typique du XXe siècle, marqué par les grands drames des guerres et du totalitarisme.
Seule la valeur d’usage semblait justifier des reconstructions d’éléments non détruits par les guerres, comme le châtelet du château de Falaise et en adoptant des lignes contemporaines, l’identique étant réservé à certains monuments blessés par les guerres mais pas tout. Rouen ou Saint-Dié virent leurs cathédrales reconstruites à l’identique, mais l’église de Saint-Lô conserve des parties ruinées de sa façade, accolées à une nef contemporaine.
Mais dans les années 1960, il y avait aussi la volonté de rompre avec l’héritage de Viollet-le-Duc et l’idée qu’un monument puisse être non seulement restauré mais…
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