« Notre dernière chance d'éviter l'effondrement consiste à sortir de cette idéologie suicidaire »

Depuis les débuts de l’ère industrielle, la température moyenne à la surface du globe a déjà augmenté de plus de 1°C. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) montre que ce changement climatique est d’ores et déjà à l’origine d’évènements météorologiques pour le moins préoccupants comme des canicules extrêmes, des sècheresses à répétition ou encore des tempêtes de plus en plus intenses. Ce rapport montre également que la température moyenne mondiale pourrait augmenter de 3,6 à 4,4°C d’ici 2100, ce qui reviendrait à rendre une bonne partie de la planète tout bonnement inhabitable.

Aurélien Boutaud est consultant indépendant spécialisé dans l’accompagnement des politiques publiques en matière de transition écologique et chercheur associé au CNRS au sein de l’unité « Environnement, villes et sociétés ».

Natacha Gondran est professeur à l’École des Mines de Saint-Étienne et membre de l’unité de recherche du CNRS « Environnement, villes et sociétés ».

Est-il encore possible d’éviter une telle catastrophe ? Une étude publiée en septembre dans la prestigieuse revue Science apporte quelques éléments de réponse. Elle montre en particulier qu’une augmentation de température moyenne supérieure à 1,5°C pourrait suffire à déclencher plusieurs points de bascule conduisant à des changements abrupts et irréversibles du système climatique mondial.

Jusque-là assez peu présents dans les rapports du Giec, les points de bascule sont pourtant discutés depuis longtemps par les spécialistes des Sciences du Système Terre, en particulier dans le cadre des débats sur les limites planétaires – un certain nombre de variables comme le climat, la biodiversité ou encore les cycles biogéochimiques jugés déterminants pour l’équilibre de la biosphère.

Pour comprendre cette notion de points de bascule, il faut rappeler que la plupart des systèmes complexes sont dotés de ce que les spécialistes appellent des boucles de rétroaction, c’est-à-dire des situations dans lesquelles l’évolution d’une variable agit sur une autre, qui agit en retour sur la première. Certaines de ces rétroactions sont dites négatives lorsqu’elles permettent au système d’absorber des perturbations.

Par exemple, dans le système climatique, une augmentation de la température peut entraîner un accroissement de la quantité de nuages, dont un des effets consiste à réduire le rayonnement solaire qui…

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Auteur: Aurélien Boutaud, Natacha Gondran

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