« Notre engagement pour la Palestine n’a jamais posé problème tant qu’il restait décoratif »

Nous avons lancé La Cuisine de Souad il y a quatre ans avec ma sœur Leïla pour créer un projet solidaire et engagé. Notre cuisine est politique parce qu’elle est située, parce qu’elle porte des histoires, des exils, des luttes. Notre solidarité avec la Palestine, et avec tous les peuples opprimés, n’est pas un ajout récent, encore moins une posture. Elle traverse notre projet depuis le début. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas un malentendu, c’est une sanction.

Nous perdons le restaurant que nous exploitions gratuitement à l’hôtel Babel parce que nous avons refusé d’effacer des signes visibles de notre engagement : un sticker « Free Palestine », un keffieh porté pendant le service. On nous a demandé de les faire disparaître au nom de la « neutralité ». Nous avons refusé. Le partenariat a été rompu. Cette décision n’est pas neutre. Elle est politique. 

Il a suffi qu’un client israélien exprime son inconfort face à ce sticker pour que tout bascule.

Notre engagement n’a jamais posé problème tant qu’il restait décoratif, caritatif, compatible avec une image « engagée » mais inoffensive. Il permettait de se positionner du « bon côté » sans en assumer le coût. Mais dès lors qu’il est devenu lisible, qu’il a nommé la colonisation et le génocide, il est devenu inacceptable. Il a suffi qu’un client israélien exprime son inconfort face à ce sticker pour que tout bascule. Un seul inconfort a pesé plus lourd que des mois de travail, plus lourd que 12 emplois, plus lourd que les trajectoires de 6 personnes sans papiers en cours de régularisation.


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