« Et comment je me débrouille avec ça, maintenant ? » me demandai-je tandis que je cherchais vainement, dans la librairie centrale du gauchisme à Toulouse, le rayon polar. Comment expliquer que, de passage dans cette sympathique capitale de la saucisse et de l’anarchisme, en manque de lecture pour un imminent voyage en train, je me mette en quête d’un genre dont l’étiquette, pourtant, ainsi que je crois l’avoir suggéré dans une première partie, se décolle ?
Je songeai alors à cet excellent et nazérois « Festival de littérature criminelle » qui, au siècle dernier, s’était attiré les remontrances du préfet. Celui-ci accusait la gentille manifestation culturelle, par son seul intitulé, de promouvoir le crime. Voilà qui devrait nous servir de boussole : ce qui mécontente un préfet, incarnation de ce que la raison d’Etat a de plus borné (borné par la bêtise administrative, l’arrogance technocratique, la servilité envers les sommets) a de fortes chances de viser juste, en passant les bornes. Ce que je quêtais donc, c’était un crime et les questions qu’il pose : au lecteur, à la société, au lien social.
Que le crime soit un excellent analyseur social, on le vérifiera à la lecture du livre de Fanny Taillandier, nullement vendu comme « polar » ou « roman noir » et pourtant doté de tous les ingrédients du genre : un braquage en préparation, une montée en tension, une fuite, une fusillade, bref de quoi faire tourner les pages dans la hâte de savoir ce qu’il se passa ensuite. Nulle étiquette autre que « roman » pourtant, qui puisse coller à ce Sicario Bébé qui commence ainsi.
Elle me regardait avec ses yeux profonds, profonds, tellement profonds, j’ai jamais vu un truc pareil. En moi ça faisait comme d’habitude cette sorte de chaleur, mais aussi quelque chose d’autre, de nouveau. Comme une fente lumineuse qui s’ouvre entre deux tours quand le soleil se lève ou décline et…
Auteur: dev

