Périphérie de Bordeaux (Gironde), reportage
Un morceau de pneu commence à fondre sous la chaleur. À 18 heures, le thermomètre affiche 43 °C devant un abri de béton où Dan se protège du soleil, adossé contre le mur. Aujourd’hui, il est rentré plus tôt des vignes : en pleine canicule, « impossible de travailler l’après-midi ». Il vient de parcourir les 300 mètres qui séparent sa caravane du robinet installé à l’entrée du camp, où il remplit un grand bidon qui lui sert de douche.
Dans le bidonville où vivent 700 personnes, dont une centaine d’enfants, un seul point d’eau a été installé par la métropole de Bordeaux. Mais sur les huit tuyaux accrochés sur des palettes de bois, la moitié ne fonctionne pas. « Notre peur, c’est qu’il y ait des morts », s’inquiète Adeline Grippon, coordinatrice régionale Aquitaine à Médecins du monde.
Tous les quinze jours, des équipes de l’ONG se rendent dans les bidonvilles de la ville pour assurer un suivi médical et traiter les urgences. Le 19 juin, Médecins du monde a lancé une alerte sanitaire à destination de l’Agence régionale de santé (ARS), de la préfète et des élus pour alerter d’une dégradation « rapide et préoccupante » des conditions de vie, directement liée à l’insuffisance d’eau potable. « Sans eau, il y a de graves risques sanitaires », rappelle la coordinatrice.
Supérette improvisée et bidons pour se laver
Posé au bord de la route qui mène aux vignobles du Médoc et du Libournais, le bidonville de Fouquerolle, le plus grand de la métropole, abrite des saisonniers dont presque tous travaillent dans les vignes. Venus de Roumanie pour la plupart, ils partent pour plusieurs années, parfois pour la vie, travailler pour de grands châteaux.
Dorina vit sur le camp depuis plus d’un an. Assise à l’ombre sur une chaise en plastique, elle s’énerve contre cette canicule qui n’en finit pas : voilà trois jours…
Auteur: Alban Dejong, Amandine Sanial

