Notre salut / Emmanuel Marre / 2 h 33. En salles le 30 septembre.
Parce que Les Rayons et les ombres a occupé (si j’ose dire) les esprits depuis sa sortie, évacuons d’emblée la comparaison : du film de Xavier Giannoli qui, au nom de la complexité humaine, fuyait tout regard direct porté sur l’engagement collaborationniste de Jean Luchaire, Notre Salut, présenté en compétition, est l’antithèse. Certes, le profil des deux hommes est très différent. Luchaire est un ponte de la Collaboration, Henri Marre, le héros – ou plus exactement l’antihéros – de Notre salut en est un rouage anonyme.
Mais surtout son réalisateur, Emmanuel Marre, qui s’est inspiré de la correspondance de son arrière-grand-père avec sa femme – d’où le nom de Henri Marre –, ne dissimule rien de la participation active de son personnage aux horreurs de l’Occupation, ce qui n’en fait pas pour autant, hélas, un individu hors de la communauté humaine.
Le film commence en septembre 1940 dans un salon de Vichy, où Henri Marre (Swann Arlaud) vient de s’installer seul, sans femme ni enfants, pour profiter des opportunités que le nouveau régime peut proposer. Dans ce salon semi-mondain, où l’on discute peu de politique, il apparaît gauche, « provincial ». Parlant peu, il déclare cependant sa flamme au maréchal Pétain. Ce qui lui vaut une remontrance de la part d’un homme plus au fait des codes en vigueur : il ne faut pas évoquer Pétain avec autant d’ardeur car, premièrement, son enthousiasme pourrait susciter des doutes sur le fait qu’il soit un agent double ; secondement, cela le rend ridicule…
Tout converge dans le jugement que le spectateur va nourrir envers lui : Henri Marre est un personnage médiocre, en mal de reconnaissance sociale.
Auteur: Christophe Kantcheff

