« Notre salut » d'Emmanuel Marre

Lorsque Notre salut d’Emmanuel Marre a été ovationné après sa projection en compétition officielle du Festival de Cannes, celui-ci s’est saisi du micro pour déclarer deux fois : « plus jamais ça  ». On évaluera comment l’auteur fait d’un serment antinazi un slogan consensuel de ralliement à l’existant en alignant son film sur le désir de ne pas entendre « c’est toujours ça  ».

« Quand l’instrument est désaccordé
Les vieilles partitions ne servent à rien
Vous aurez besoin de nouveaux tours. »
Bertolt Brecht, « Quand l’instrument est désaccordé » 1938, Écrire contre le fascisme [textes traduits et présentés par Irène Bonnaud], éd. Divergences, 2026, p. 149

« Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons »
Hugues Jallon, Le Temps des salauds. Comment le fascisme devient réel, éd. Divergences, 2025, p. 9

Une pastille de Vichy – longue à sucer, acide à digérer

Notre salut ? Rien à foutre ! On ne s’amuse pas seulement à souligner la marrante succession des titres dans le (jeune) cinéma du (déjà vieux) Emmanuel Marre. Il y est en effet question du sort réservé au travail subordonné, ses accablements tantôt du point de vue de son vécu salarial, tantôt dans la perspective de son organisation managériale. Rien à foutre (2021), son premier long-métrage cosigné avec Julie Lecoustre, décrit comment une hôtesse de l’air d’une compagnie aérienne low-cost oublie entre deux escales festives l’emploi dont les conditions vouent son existence au rabais, au moins-disant de sa dignité – le bas coût intégral, dans et hors le travail. Le présent règne, celui d’un néolibéralisme dont on ignorait alors qu’il était déjà agonisant, et qui voue le travail exploité au refus systématique des lendemains qui chantent jusqu’à épuisement. Notre salut qu’Emmanuel Marre réalise seul envisage les choses par…

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Auteur: dev