Les Matelles (Hérault), reportage
Accroupi sur la berge, Jean-Louis Couture remplit une bouteille d’une eau verdâtre. Devant lui, le Lirou s’écoule paresseusement entre des rochers aux nuances émeraude. « Toutes ces algues qui floculent, ce n’est pas normal », commente Sylvain Gilles, son acolyte. Depuis quatre ans, les deux retraités arpentent les rivières au nord de Montpellier. Avec, toujours, le même constat amer : « Elles sont dans un état épouvantable. »
Pour comprendre cette lente agonie, les compères — membres de l’association Mosson coulée verte — ont multiplié les prélèvements dans les cours d’eau. Conclusion de leurs analyses ? Des concentrations trop importantes de nitrates et phosphates. À force de recherche, ils ont fini par remonter à la source de cette contamination. Un coupable a priori inattendu : les stations d’épuration, les mêmes censées dépolluer nos eaux usées.
Un cas loin d’être isolé. À l’échelle nationale, près de 23 % de l’azote et 17 % du phosphore entrant dans notre système d’assainissement finiraient rejetés dans les eaux de surface, d’après de premières estimations d’experts.
« Les stations d’épuration ont été conçues pour éviter que les milieux aquatiques ne soient asphyxiés par la matière organique, précise Franco Novelli, de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). Pour ce qui est de l’azote et du phosphore, il n’y a pas d’obligation de traitement, c’est au cas par cas. » En clair, les stations retiennent les restes organiques — notamment issus de nos fèces — et les matières en suspension. Point.
Quant aux restes de nos urines (les nitrates) et de nos produits ménagers (les phosphates), charge à la rivière de s’en débrouiller. Car la nature sait faire : « Si un cours d’eau est bien géré, pas bétonné, avec une ripisylve [arbres, roseaux] développée, le milieu…
Auteur: Lorène Lavocat

