Et si la véritable mesure du progrès des sociétés au XXIᵉ siècle n’était plus seulement leur richesse ou leur puissance, mais bien leur capacité à nourrir durablement leurs populations ?
L’histoire des sociétés humaines peut être lue à travers leur capacité à organiser la production et la distribution de la nourriture. Depuis les premières civilisations agraires jusqu’aux systèmes alimentaires mondialisés contemporains, la question alimentaire a toujours constitué l’un des fondements de la stabilité des sociétés.
Lorsque les sociétés savent nourrir leurs populations, elles consolident leur cohésion et leur prospérité. À l’inverse, les crises alimentaires ont souvent précédé des périodes de tensions sociales ou de transformations politiques majeures.
Je suis spécialiste des politiques et stratégies agricoles en Afrique et membre de plusieurs académies scientifiques internationales dans le domaine des sciences agricoles. Mes travaux portent principalement sur les systèmes alimentaires, la sécurité alimentaire, le développement rural et les transformations des agricultures africaines.
Aujourd’hui, cette question prend une dimension nouvelle. L’humanité se trouve confrontée à une équation inédite : nourrir une population mondiale croissante tout en préservant les bases écologiques de cette alimentation.
L’équation alimentaire du XXIᵉ siècle
Selon les projections des Nations unies, la population mondiale pourrait atteindre près de 9,7 milliards d’habitants d’ici 2050. Dans le même temps, les ressources naturelles qui soutiennent la production agricole — sols, eau et biodiversité — subissent des pressions croissantes.
Ainsi, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) indique que près d’un tiers des sols agricoles mondiaux sont aujourd’hui dégradés. Par ailleurs, l’agriculture représente environ 70 % de l’utilisation mondiale d’eau…
Auteur: Pape Abdoulaye Seck, chercheur, Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS)

