Il y a près de 2500 ans, le philosophe Platon dans un de ses plus fameux dialogues (La République) écrivait l’allégorie de la caverne, devenue un des textes majeurs de la philosophie occidentale. Il expose en termes imagés les conditions d’accession de l’humain à la connaissance du Bien, au sens métaphysique du terme, ainsi que la transmission de cette connaissance.
L’allégorie met en scène des humains enchaînés et immobilisés dans une caverne. Ils tournent le dos à l’entrée et voient non pas les objets, mais les ombres des objets qui passent devant cette entrée et sont projetées contre le mur. Ils croient voir la réalité, alors qu’ils n’en voient qu’une projection. Mais l’homme peut se libérer de ses chaînes, notamment à l’aide de la Dialectique, c’est-à-dire la méthode philosophique de la discussion et du débat et peut alors accéder au monde des idées et à la connaissance du Bien.
La connaissance, voilà l’ennemi
Dans le texte de Platon il y a donc un enjeu fondamental sous-jacent qui est de discerner ce qui est Vrai de l’illusion du vrai. Cette distinction est existentielle car elle détermine notre capacité à être libre et à ne pas vivre dans l’obscurité de l’illusion, et s’est affirmée comme un enjeu essentiel de notre rapport au monde depuis l’Antiquité.
Or en ce début de XXIe siècle on pourrait considérer que l’allégorie de la caverne s’est actualisée de façon terrifiante. Désormais dans le champ informationnel, c’est-à-dire dans l’espace social de la dialectique et de la confrontation des idées, les manipulateurs d’images, les faiseurs de mythe et d’histoires, sont devenus des ingénieurs du chaos pour reprendre le titre du livre de Giuliano da Empoli et ont décidé de nous maintenir enchaînés. La connaissance voilà l’ennemi, leur ennemi.
Ce qui est projeté dans la caverne – c’est-à-dire ce que nous voyons ou percevons au…
Auteur:

