Et si la médecine n’était pas l’apanage de l’espèce humaine ? Dans un ouvrage passionnant, Nos plus grands médecins, publié le 8 octobre aux éditions Les liens qui libèrent, le biologiste Jaap de Roode révèle l’ampleur des pratiques de médication des animaux — c’est-à-dire leur usage d’éléments extérieurs à eux (une plante, un champignon, de l’argile…) pour soigner ou prévenir une maladie. Reporterre a rencontré, lors de son passage à Paris, le professeur à l’université Emory d’Atlanta (Géorgie).
Reporterre — Comment vous êtes-vous intéressé à la médication animale ?
Jaap de Roode — C’est arrivé un peu par accident. Au départ, j’étais surtout intéressé par les parasites, en particulier ceux des papillons monarques. Quand je me suis installé aux États-Unis, en 2005, j’ai découvert que certaines des plantes qu’ils mangent peuvent réduire les infections parasitaires. Avec un coût : à trop haute dose, elles peuvent les tuer. Je me suis demandé si les papillons consommaient activement des plantes médicinales quand ils étaient malades. De fil en aiguille, j’ai découvert que c’était le cas de beaucoup d’animaux.
Chiens, fourmis, éléphants… Votre ouvrage mentionne de nombreux cas documentés de médication animale. Quelle découverte vous a le plus surpris ?
Le fait que les moineaux et les roselins de Mexico City utilisent les mégots de cigarette pour se débarrasser des ectoparasites.
En temps normal, les oiseaux utilisent des plantes à l’odeur très forte pour empêcher les tiques, les poux et les acariens de s’installer dans leur nid. Mais les oiseaux de Mexico City sont un peu paresseux : au lieu de voler loin pour trouver des plantes, ils ramassent des mégots de cigarette chargés en nicotine.
La chercheuse Monserrat Suárez-Rodríguez a mené une expérience : en ajoutant des tiques vivantes dans leur nid, elle a observé que les oiseaux se…
Auteur: Hortense Chauvin

