Assis dans un café branché du quartier de Podil, à Kyiv, Kyrylo choisit ses mots pour raconter ce jour de juin 2020. Alors qu’il se promenait à Louhansk, dans une région de l’est de l’Ukraine occupée depuis 2014, il s’est fait embarquer avec un ami trans par des hommes sortis d’un véhicule immatriculé en Russie.
« Débloque ton téléphone, sinon on te glisse de la drogue », le menacent-ils. Kyrylo finit par céder ses mots de passe. Prévenu des risques, il avait effacé tout lien pouvant révéler ses fréquentations LGBT ou les entretiens qu’il menait sur les discriminations subies par la communauté.
Relâché, mais sommé de « collaborer », Kyrylo se cache chez une connaissance. Un mois plus tard, il fuit vers l’ouest de l’Ukraine. Pour lui, les territoires occupés sont une « Corée du Nord en moins pire : sans châtiments extrêmes, mais avec le même autoritarisme post-soviétique opaque », accuse-t-il.
Dans la clandestinité
Kyrylo a grandi dans un territoire sous occupation depuis la guerre dans le Donbass, déclenchée par la Russie en 2014. À l’école, il a vu l’éducation se russifier et se militariser. L’adolescent ne participe alors pas à ces activités, se sent comme « un mouton noir ». Un jour, une fête entre amis est interrompue par huit policiers armés, menaçant de « casser les genoux » des participants et embarquant les majeurs, se souvient-il.
Se découvrant bi, Kyrolo croyait alors que l’Ukraine libre et les territoires occupés se valaient en matière de libertés LGBT. Il apprend qu’une Pride se tiendra en 2020 à Kyiv, sous la protection de la police. Le jeune homme répond alors à l’appel aux bénévoles et vient représenter le Donbass et les personnes asexuelles au comité d’organisation.
Il voyage trois jours en bus pour rejoindre la capitale…
Auteur: Maryna Kumeda

