« Nous sommes dix millions d’aidants et le projet de loi sur l’euthanasie nous ignore »

Depuis trente-trois ans, j’exerce la médecine. Depuis vingt-huit ans, j’accompagne mon mari, accidenté à trente-deux ans, vivant avec un Locked In Syndrome : prisonnier de son corps, mais pleinement conscient et profondément vivant. Cette expérience m’a appris la valeur inestimable de la vie, même fragile, et la force du lien humain.

C’est pourquoi le projet de loi sur l’aide à mourir, voté en première lecture à l’Assemblée nationale, m’inquiète profondément. Sous des apparences de liberté, il introduit un flou dangereux dans un domaine où la clarté éthique devrait être absolue.

Ce texte ne nomme ni « fin de vie », ni l’« euthanasie ». Il n’encadre pas clairement le consentement des personnes dont la communication est altérée, et ne fixe aucun critère médical précis. Ce flou, loin de protéger, crée un espace d’incertitude où les plus vulnérables risquent d’être les premiers exposés.

Le malaise des premiers concernés

Quand mon mari a découvert ce projet, il a eu peur. Peur d’être considéré non plus comme un homme vivant, mais comme un fardeau. Peur qu’une société en quête d’autonomie absolue transforme la dépendance en indignité et la souffrance en paria.

En mai dernier, à sa demande, j’ai lancé un appel sur les réseaux sociaux. En vingt-quatre heures, 30 000 personnes l’ont relayé. Une semaine plus tard, 500 malades et aidants se rassemblaient devant l’Assemblée nationale pour dire : « Nous voulons être aidés à vivre, pas aidés à mourir. Cette loi est un danger vital »

Cet élan a révélé un malaise plus profond : celui d’une société qui se croit progressiste alors qu’elle risque de se détourner des plus faibles. La loi, présentée comme largement consensuelle, n’a finalement été votée qu’à 54 %. Un signal fort, qui traduit un doute éthique autant que politique.

Des millions de Français – malades chroniques,…

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