Rio de Janeiro (Brésil), reportage
« Olê olê olê olá, Lula, Lula » : les hurlements de joie se mêlaient au célèbre refrain en soutien au candidat de la gauche brésilienne Lula. Le regard embrumé, une femme s’est saisie d’une serviette de plage sur laquelle est imprimé le portrait de Lula, l’a embrassée puis pressée contre son cœur. Le résultat venait de tomber dimanche 30 octobre dans ce rassemblement de lulistes du centre de Rio de Janeiro : leur candidat a été élu avec 50,9 % des suffrages contre 49,1 % pour son adversaire d’extrême droite, le président sortant Jair Bolsonaro. L’écart est mince, le plus mince depuis la chute de la dictature militaire en 1985. Il n’avait d’ailleurs cessé de se resserrer ces dernières semaines. Au premier tour, Lula était arrivé en tête avec 48,43 % des voix contre 43,20 % pour le président candidat. Le résultat, bien plus serré que celui annoncé par les instituts de sondage, avait provoqué la surprise des 156 millions d’électeurs.
« Nous sommes enfin libérés, s’est exclamé Philipe dans la foule de supporters du Parti des travailleurs (PT). Il a fallu survivre chaque jour dans ce pays, pendant quatre ans. Aujourd’hui, je suis rempli d’espoir. » Un peu plus loin, Ingrid, une jeune designeuse, agitait un drapeau aux côtés de sa compagne : « Je me sens heureuse, vivante. Sous Bolsonaro, nous avons eu peur du racisme, de l’homophobie et du machisme dans la rue. Mais Lula a gagné, cela symbolise la résistance. » À voir ces étreintes, ces embrassades et ces baisers, on oublierait presque que la journée de vote ne s’est pas déroulée sans accroc. L’élection a été perturbée par des barrages de la police fédérale routière (PRF), visant notamment les autobus publics permettant aux électeurs de quartiers défavorisés, majoritairement pro-Lula, d’aller voter. Selon le média brésilien TV Globo, au moins 560 opérations ont été recensées, dont la moitié dans la région du Nordeste historiquement à gauche. Les opérations de contrôle ont été levées par le Tribunal supérieur électoral deux heures avant la fermeture des bureaux de vote. Alexandre de Moraes, le président de l’institution, a déclaré qu’ « aucun électeur n’a été empêché de voter par les barrages », mais à l’annonce des premiers résultats, l’ambiance était tendue dans le centre de Rio de Janeiro.
Au carrefour de trois rues du centre-ville, les membres du Mouvement des sans-terre, une organisation agroécologique militant pour…
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Auteur: Reporterre

