Le 13 septembre 2025, la Grande-Bretagne a connu le plus grand rassemblement d’extrême droite de son histoire.[1] Environ 110 000 personnes ont défilé dans le centre de Londres, éclipsant toutes les mobilisations précédentes, y compris le tristement célèbre rassemblement d’Olympia du British Union of Fascists (BUF) en juin 1934.[2] Cette marche était l’aboutissement de mois de manifestations racistes intimidantes devant des hébergements de demandeurs d’asile à travers la Grande-Bretagne, qui avaient rapidement évolué en violences contre des présumés « gauchistes » et en incendies criminels visant des mosquées et d’autres cibles.[3] Au cœur de cette immense démonstration se trouvait un seul homme : Tommy Robinson.
Robinson, dont le vrai nom est Stephen Yaxley-Lennon, est la figure centrale du mouvement fasciste britannique depuis l’émergence de l’English Defence League (EDL) en 2009. Il s’inscrit dans une longue lignée de chefs fascistes britanniques — des figures que l’universitaire Graham Macklin a décrites comme des « Führers ratés » — notamment Oswald Mosley du BUF, John Tyndall du National Front et Nick Griffin du British National Party (BNP).[4]
Robinson se distingue pourtant de ses prédécesseurs sur plusieurs points importants. Surtout, il a connu, à certains égards, davantage de succès qu’eux, en atteignant des niveaux de mobilisation de rue dont les anciens dirigeants fascistes n’auraient pu que rêver. Il y est parvenu en se tenant à distance des éléments les plus discrédités de la tradition idéologique du fascisme britannique : l’admiration ouverte pour Hitler, les symboles nazis et le conspirationnisme antisémite explicite. À leur place, Robinson a réorienté le mouvement autour d’une reformulation radicalisée et conspirationniste de l’islamophobie depuis longtemps ancrée dans le discours politique britannique.
Ce déplacement a nourri une incompréhension largement répandue de…
Auteur: romain romain
