À l’occasion d’une préface à la traduction et à la publication en Grèce d’un recueil de textes de Jacques Rancière, Maria Kakogianni dont nous venons de publier Sous le ciel étoilé, une nuit d’été. Réflexions sur l’anarchie et la révolution s’est entretenu avec le philosophe. Il est question du présent, de la contre-révolution en marche, de l’héritage de 68, du capitalisme qui va dans le mur et de nous qui ne savons toujours pas exactement où nous allons.
Tout en vous remerciant d’avoir accepté ce petit dialogue, j’aimerais en quelque sorte commencer par le milieu. Dans quelle mesure vous diriez qu’avec Mai 68 quelque chose est arrivé à la pensée ? Ou à la manière dont on pense l’événement ?
Jacques Rancière : Ce qui est arrivé à la pensée, c’est la ruine de tout un système de coordonnées de description et d’analyse fondé sur une vision hiérarchique des phénomènes. Dans ce système, il y avait un ordre des déterminations. Il y avait les apparences plus ou moins bruyantes à la surface des événements et il y avait, en dessous, les réalités solides qui en étaient les causes profondes : le processus économique qui produisait le conflit social, lequel se traduisait sur la scène politique qui en était à la fois l’expression et la dissimulation. Et, tout en bout de chaîne il y avait…
Auteur: dev

