La France n’a pas attendu Léon Marchand pour être un pays de nageuses et nageurs. Si la pratique de la natation de masse s’est d’abord développée à partir de la nécessité biopolitique de prévenir les noyades et donc d’apprendre à tous les élèves de primaire à nager, elle s’est sûrement incorporée au goût des français. Chaque année à Paris, ce ne sont pas moins de 7 millions de nageurs qui passent les tourniquets de leur piscine de quartier, athlètes, scolaires et batifoleurs compris. Pourtant, qui s’est déjà aventuré dans un bassin de 25m sur l’heure du midi sait à quel point le plaisir de glisser dans l’eau et de se raffermir l’esprit est contrarié par la sur-affluence et des horaires d’ouverture mesquins (scolaires obligent). Il existe pourtant une solution très simple et à portée qui permettrait de libérer et diffuser les pratiques aquatiques : la nage urbaine. C’est ce que revendique un collectif de nageuses et nageurs franciliens dans cette tribune, délivrer la Seine de l’industrie pour la rendre au bien commun et aux maillots de bain. Mais comme toute revendication minimale et de bon sens dans une époque aussi dégradée, elle implique de tout bouleverser.
Avec le retour du printemps revient la promesse de pouvoir, enfin, se baigner dans la Seine. Pari politique, poétique et courageux. Alors que la Ville de Paris travaille actuellement à l’ouverture de trois sites de baignade estivale, certains acteurs économiques du fleuve ont exprimé leurs craintes de voir ces baigneurs troubler leurs activités. Ils demandent donc à restreindre lieux et horaires de baignade. Nous entendons rappeler que l’accès à l’eau n’est pas un luxe, ni la lubie de quelques unes. Les épisodes de canicule passés et à venir devraient suffire à convaincre les moins concernées. L’accès à l’eau est un enjeu majeur de santé publique et de justice sociale. Ailleurs en Europe, la baignade urbaine…
Auteur: dev

