Marx a longuement insisté sur la capacité singulière du capitalisme à développer les forces productives : la concurrence pousse les capitalistes à innover sans relâche, ce qui accroît la composition organique du capital. Il en déduisait aussi une tendance structurelle à la concentration :
« L’évolution du mode de production capitaliste entraîne nécessairement la centralisation et la concentration du capital. La taille moyenne des entreprises ne cesse de croître ; un grand nombre de petites entreprises sont battues dans la concurrence par un petit nombre de grandes entreprises qui contrôlent une part croissante du capital, du travail, de la propriété et de la production dans des secteurs entiers. (…) La concurrence capitaliste poursuit le processus d’expropriation qui est à l’origine du mode de production capitaliste. (…) L’histoire du capital est l’histoire de la destruction de la propriété de la grande majorité au profit de la propriété d’une minorité de plus en plus restreinte »[1].
Historiquement, le capitalisme a bien porté un vaste développement technologique et matériel — mais au prix de tensions économiques et sociales. Nous partons ici d’un trait précis : l’évolution récente de la composition de la bourgeoisie. Les cinquante dernières années se caractérisent par une croissance atone, une faiblesse de l’investissement et des gains de productivité modestes : c’est la « stagnation séculaire ». Il y a crise d’accumulation, parallèlement à une forte concentration des richesses. Telle est, selon nous, la double signature du capitalisme tardif.
Avant d’examiner les causes de cette performance, retenons un fait central pour comprendre le capitalisme contemporain : la concentration des entreprises. De nombreuses études empiriques — y compris du FMI[2] — convergent : les marges et les profits augmentent, mais surtout au bénéfice d’un noyau réduit de très grandes…
Auteur: romain romain

