Noyer l'urgence dans l'urgence, intervenir pour que rien ne change

Il faut moins y voir une tentative de l’Etat de s’améliorer en continu que d’évacuer les problèmes sociaux structurels en les traitant comme des urgences. Avec l’urgentisation du social, l’Etat a trouvé une manière de relativiser ses failles ; il les noie dans le spectacle du traitement de leurs effets. L’urgence apparaît domestiquée, acceptable et organisée par une gouvernementalité humanitaire s’étendant de l’Etat à l’associatif et alliant délicatement compassion et rationalisation, aide et condition, intégration et exclusion.

NOYER LES CAUSES DANS LES SYMPTÔMES

Pour l’Etat (et celleux qui souhaitent l’améliorer), reconnaître des urgences comme le sans-abrisme, le chômage, l’accueil des exilé-es, les violences faites aux femmes ou aux personnes LGBT+ permet de déplacer l’attention des causes vers les symptômes de l’urgence. Plusieurs tactiques de décentrage et donc de déresponsabilisation sont alors à l’oeuvre :

1.SPECTACULARISER

La mise en spectacle de la violence et de la prise en charge des inégalités et des crises sociales occultent leurs origines que sont le travail, le capitalisme, l’Etat ou ses frontières. Elle permet de répondre à quelques situations – souvent médiatisées comme le plan Grand froid à Paris ou l’accueil massif de migrant-es ukrainien-nes – plutôt qu’à toutes. Lâcher du lest par-çi par-là, pour mieux régner sur la totalité. Conjointement, la mise en urgence d’un sujet laisse induire qu’il est possible de sortir de l’impuissance : de la crise peuvent émerger des victoires. Il ne s’agira jamais d’augmenter réellement nos libertés mais d’insertions professionnelles, de régularisations ou d’indemnisations. L’aide d’urgence permet de digérer les revendications sociales, de légitimer l’intervention institutionnelle et de perpétuer l’illusion de la prise en charge de nos besoins. Une stratégie reprise souvent inconsciemment par les cadres…

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