Nucléaire : l'accident qui ne doit pas arriver

[2/5 — Le nucléaire n’est pas bon pour le climat] Face aux lobbies qui présentent le nucléaire comme LA solution au défi climatique, Reporterre a mené l’enquête. Comment l’atome s’est-il imposé dans le débat public ? Un accident grave est-il possible en France ? La sobriété n’est-elle pas la meilleure solution à l’urgence climatique ?


Il est presque stupéfiant que la majorité des politiques et les nucléaristes raisonnent comme si un accident grave ne pouvait jamais se produire en France. Ce déni opère de deux façons : en supposant que le nucléaire est parfaitement sûr et surveillé, et que les accidents qui se sont produits à Tchernobyl et à Fukushima l’ont été pour des causes tellement extraordinaires — l’impéritie soviétique d’un côté, la survenue d’un tsunami hors normes de l’autre —, qu’elles ne sauraient se reproduire.

Le deuxième temps du déni s’opère en tâchant de faire accroire que les conséquences de ces deux accidents ont été modestes, et qu’un accident nucléaire est au fond très supportable.

Le cœur du 4e réacteur de la centrale de Tchernobyl après l’explosion de 1986. Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0/Joker345

L’impensable est possible

Examinons ces deux assertions. Il faut d’abord rappeler que l’extraordinaire est possible. Dans le monde hypertechnologisé que façonne le capitalisme dans son inextinguible volonté de croissance, l’imprévu catastrophique se produit de plus en plus souvent : une pandémie bouleverse le monde depuis deux ans, le réchauffement climatique favorise des mégafeux en Australie et des sécheresses à répétition en Californie, une guerre dévastatrice se déroule sur le territoire européen… Tout se passe comme si l’extraordinaire, au demeurant souvent annoncé avant sa survenue par des voix isolées, pouvait se réaliser. Il faut donc l’anticiper, dès lors que ses conséquences seraient incommensurables.

Le cas de Fukushima est très instructif à cet égard : on se rappelle que l’accident de 2011 a été causé par un tsunami géant, lui-même généré par un séisme d’une magnitude de 9,1. En 2007, le pays avait connu un séisme en mer, au large de Chûetsu-Oki, de magnitude 6,8. Il avait d’ailleurs entraîné l’arrêt en urgence de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa. Cela avait conduit le gouvernement à ordonner de renforcer toutes les centrales du pays. Mais les ingénieurs n’avaient pas l’expérience de l’enchaînement d’un séisme et d’un tsunami majeurs. Leur référence pour la…

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Auteur: Hervé Kempf Reporterre

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