Dans Le Monde sans fin, la bande dessinée de Christophe Blain autour des thèses de Jean-Marc Jancovici, parue fin 2021 et qui connaît un retentissant succès, on peut lire la conclusion suivante :
« Le nucléaire est un parachute pour amortir la décroissance. »
Face aux limitations en énergie, en matériaux, et en surface disponible, face aux multiples atteintes à l’environnement, il est urgent de réduire la consommation d’énergie, à commencer par celle de pétrole, de gaz et de charbon qui ont le plus d’impact sur le climat, soulignent les auteurs de la BD.
La « décroissance », rappelons-le, vise à utiliser moins de ressources et à les répartir de façon solidaire. Ses partisans prônent de diminuer la taille et la puissance des processus industriels, la consommation et l’accaparement des ressources, les inégalités à l’intérieur et entre les pays.
Les décroissants dénoncent le mirage de la « croissance verte » et du « développement durable », qui promettent de faire croître la consommation en diminuant l’impact sur l’environnement et les ressources. Une proposition dénoncée comme ne reposant sur aucune observation empirique convaincante ni aucun fondement théorique robuste.
Rencontre avec Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici (Dargaud/Youtube, 2021)
Rendre la transition acceptable
Si l’on veut une décroissance choisie plutôt que subie, la première étape est de l’annoncer explicitement, et d’en montrer les aspects désirables et émancipateurs, peu développés dans la bande dessinée. La seconde consiste à discuter collectivement la répartition des efforts, la vitesse de changement, les méthodes et conséquences pratiques.
Pour que ce sevrage soit une transition acceptable, Jean-Marc Jancovici préconise la construction de nouveaux équipements de production d’électricité, minoritairement solaires ou éoliens, majoritairement nucléaires.
Ici, un rappel du bilan du nucléaire civil s’impose.
Ses avantages ? Comme les hydrocarbures, c’est une source d’énergie de stock qu’il est possible de piloter en choisissant le rythme d’utilisation, contrairement au solaire ou à l’éolien dont la puissance est fixée par le flux disponible.
La matière première, l’uranium, relativement disponible, est dense en énergie (cent mille fois plus que les hydrocarbures), ce qui facilite son transport. En phase de fonctionnement, une centrale nucléaire occupe peu d’emprise au sol comparé au solaire et à l’éolien, et dégage peu de carbone par kWh produit.
Ses inconvénients ? Le coût environnemental est à prendre en compte avec tous les impacts, lors du cycle de vie complet de la mine au démantèlement.
Comme pour les centrales à hydrocarbures, l’utilisation d’eau pour le refroidissement engendre une vulnérabilité au réchauffement…
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Auteur: François Graner, Directeur de recherche CNRS, Université Paris Cité

