[1/2] Les combustibles, casse-tête du nucléaire français Le nucléaire dépend du cycle de son combustible, l’uranium, de sa transformation jusqu’à la gestion de ses déchets. La France a choisi de le retraiter, afin qu’il puisse être réutilisé, non sans générer des déchets. Mais plusieurs installations essentielles dysfonctionnent, et le système s’engorge. Enquête en deux volets.
Dans l’univers nucléaire, le réacteur n’est que l’arbre qui cache la forêt d’installations, de processus et d’étapes nécessaires avant que le moindre kilowattheure n’alimente l’appareil depuis lequel vous lisez cet article. De par leur technicité, ces processus font rarement la Une des journaux, contrairement aux annonces prévoyant la construction d’un, deux, six voire dix réacteurs. Dommage car le nucléaire français dépend entièrement de ce que l’on appelle l’industrie du cycle du combustible — l’uranium qui fait tourner les réacteurs.
À la différence des autres pays recourant à l’énergie nucléaire, la France retraite le combustible usé, c’est-à-dire l’uranium qui a donné son énergie par la fission durant quatre années dans les réacteurs. Ce retraitement conduit à la réutilisation de combustible — en faible proportion toutefois, de l’ordre de 10 %. Ce procédé implique un enchevêtrement de chevilles ouvrières vitales. Corrosion de cuves, « pastilles » de combustible ratées, entassement de déchets… Certaines de ces chevilles dysfonctionnent au point de mettre en péril la filière, via un jeu de dominos.
Le retraitement s’opère à l’usine de La Hague (Cotentin), où deux unités de production appelées UP3-A et UP2-800 assurent le processus. En quoi cela consiste-t-il ? Un assemblage de combustible usé est cisaillé pour être ensuite dissous dans de l’acide nitrique. Un procédé chimique sépare alors uranium et plutonium tandis que la partie résiduelle est composée de « produits de fission ». Ceux-ci sont ensuite chauffés au sein d’évaporateurs qui les concentrent au maximum pour réduire leur volume avant vitrification. Ce sont les fameux « déchets ultimes », hautement radioactifs pour des milliers d’années, que l’industrie nucléaire voudrait enfouir à Bure (Meuse).
Transports associés au cycle du combustible en France. © ASN/Rapport 2020
Ces six évaporateurs, trois par usine, constituent donc le rouage clef du dispositif. Conçus dans les années 1980, ils sont constitués d’un acier ultrarésistant à la corrosion et enfermés dans…
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Auteur: Reporterre

