Cet article s’appuie sur les éléments d’un article à paraître dans le numéro 289/2024 de la revue Suds de juillet 2024.
En août 2019, le président Joko Widodo annonçait le projet de déménager la capitale nationale de l’Indonésie de Jakarta (île de Java) vers Kalimantan-Est, sur l’île de Bornéo, entre les villes de Samarinda et de Balikpapan, au centre géographique du pays, et à 1 200km de la capitale actuelle.
La nouvelle capitale, nommée Nusantara (ou IKN), qui signifie « archipel », sera construite ex nihilo dans la forêt, sur 2 600 km2, en commençant par sa partie administrative. Le modèle urbain en est une ville écologique (sous la forme d’une ville-forêt), intelligente et inclusive, incarnant l’identité nationale et d’ambition mondiale. À l’été 2024, le chantier du centre-ville administratif avance à marche forcée : la ville doit être inaugurée le 17 août 2024, date anniversaire de l’indépendance de l’Indonésie.
OIKN, « Nusantara Smart and Sustainable Forest City », document de présentation du projet, octobre 2023
Les raisons du projet
La situation environnementale désastreuse de Jakarta explique ce projet de rupture. En effet, la capitale politique et économique du pays est une des mégapoles côtières des Suds de plus de 10 millions d’habitants, et 31 millions si l’on inclut la région urbaine alentour, polluée et congestionnée, qui fait partie des sinking cities (les villes en train de couler) dont la subsidence s’accélère du fait de l’urbanisation et du pompage dans les nappes phréatiques, s’enfonçant à un rythme allant jusqu’à 25 cm par an dans certains quartiers.
Situé dans une basse plaine littorale drainée par une dizaine de cours d’eau, le site forme une gouttière naturelle pour les eaux qui s’écoulent des montagnes vers la mer. Les…
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Auteur: Manuelle Franck, Professeure en géographie, Département Asie du Sud-Est et Pacifique, UMR CESSMA, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco)

