Partir du continuum lexical entre la rhétorique de la « submersion migratoire » et celle de la « vague bleue marine » permet d’analyser la stratégie iconographique du Rassemblement national à l’aune de son imaginaire maritime. Les termes « vagues », « flots », « marées », « submersion » et « déluges » saturent l’espace public ; mais leur valeur politique s’inverse selon ce qu’ils désignent. Si la « vague bleue marine » est donnée comme un débordement électoral presque naturel, la « submersion migratoire », elle, substitue à l’idée d’un mouvement naturel celle d’un danger collectif à contenir. Une même grammaire maritime permet ainsi de naturaliser la progression du parti tout en dramatisant l’arrivée de l’Autre. Cette stratégie est d’autant plus intéressante qu’elle déplace – sans l’abolir – le cœur doctrinal tellurique du RN, historiquement structuré par l’opposition « sol et sang ».
La rhétorique politique contemporaine, en particulier dans les discours d’extrême‑droite, se nourrit d’un imaginaire maritime aux effets aussi puissants que pernicieux. En France, le lexique de la mer innerve les grands récits médiatiques sur l’arrivée des personnes en situation d’exil aux frontières externes – et internes – de l’Europe, mais aussi les prises de parole du Rassemblement national. Ainsi, les termes « vagues », « flots », « marées », « submersion » et « déluges » saturent l’espace public, substituant à l’idée d’un mouvement naturel celle d’un danger collectif à contenir. Cette inflation métaphorique, largement analysée et commentée, n’est pas anodine : elle participe d’un régime de visibilité de la migration que Nicholas De Genova a qualifié de « frontière‑spectacle » [1]. Celle-ci peut être définie comme une mise en scène où le caractère politique et juridique de la frontière disparaît derrière l’évidence supposée d’une transgression menaçante. L’un des enjeux que ce…
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