Occupation, une école du commun

« Finalement c’est calme, on rentre dans l’école, on change les serrures, on organise un passage filtré, on déplace des tables et des chaises pour faire des barricades, à 8h30 c’est acquis. L’école est à nous ! Mais c’est qui “nous” ? »

Année scolaire 1990-1991, collégienne. Notre petite ville est située à une heure d’Athènes. Ici, on ne connait pas des manifestations de rue. On n’a même pas un bar pour des jeunes pour aller écouter un peu de musique. Smells like teen spirit. Ça pue la claustro, tout le monde rêve de se barrer d’ici. On passe notre temps avec une canette ou une barquette de frites au bord de l’eau, à regarder les courants. Oui c’est une île mais on ne vit pas du tourisme. Chantier de construction navale, grosse usine de béton, pollution.

Cette année là, une immense vague d’occupation de collèges et de lycées secoue le pays. Notre bâtiment partage la cour avec le lycée. On regarde, on apprend. Les lycéens font une AG, tient on va faire ça. Les premières occupations commencent en octobre contre une énième reforme du gouvernement, fin décembre 70% des écoles sont sous occupation. Mais c’est quoi une occupation ? Réveil à 6h du matin, première fois dans ma vie que je suis tellement motivée pour aller à l’école, avant même que le réveil sonne. En même temps, j’ai peur. Il y a eu des endroits où ça s’est mal passé. Les bruits courent, nos oreilles sont jeunes. Est-ce que les flics seront là pour nous empêcher ? ll paraît que… Chhuut, prends ton courage à deux main, dis rien aux parents, vas-y. Ton fréro sera là.

Finalement c’est calme, on rentre dans l’école, on change les serrures, on organise un passage filtré, on déplace des tables et des chaises pour faire des barricades, à 8h30 c’est acquis. L’école est à nous ! Mais c’est qui “nous” ?

Je n’ai jamais autant appris que pendant ces quelques semaines d’occupation. Les livres…

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Auteur: dev