Ça devait arriver en Bolivie : dans le pays le plus américain des Amériques, le plus indien, le plus intemporel, le plus vivant. En ces temps amers du continent, alors que tout ce qui avait été conquis au cours des dernières décennies avec tant de rêves et tant de sang, apparemment, s’effondrait, faisant reculer le temps jusqu’à l’obscurité du passé. Les croyants expliqueraient que c’est parce qu’à l’époque où la Bolivie ne s’appelait pas encore ainsi, Wiracocha a choisi justement les eaux du Titicaca, près de son île du Soleil, pour apparaître devant les gens désespérés et perdus, afin d’indiquer la direction à leur esprit. D’autres diraient que c’est parce que le Che, bien des siècles plus tard, a opté pour la Bolivie dans la plus inégale et impossible des luttes, pour y mourir de la plus grande des immortalités.
Au-delà des politologues ou des touristes qui confondent les métaphores du « mendiant assis sur un trône d’or » avec « la fille préférée de Bolívar » ou « le cœur de l’Amérique », la terre bolivienne n’est pas « une ressource », ni un « bien immobilier » ni un « actif économique » : elle est la magie, la poésie et la musique, encore libres de la médiocrité et de la mesquinerie capitalistes. Voilà pourquoi ça devait arriver en Bolivie.
Il est tout à fait normal que les grands médias refusent de voir cette rébellion populaire qui va bientôt atteindre un mois. Plus ils ignorent ou désinforment sur ce qui se passe aujourd’hui en Bolivie, plus ce processus véritable est significatif, et personne ne peut le faire breveter. Comme à leur époque les affaires de McDonald’s et de Coca-Cola ont échoué en Bolivie, aujourd’hui, ici, les rêves fascistes de Musk et de ses amis, ainsi que ceux de ses concurrents de pseudo-gauches spécialisés dans l’ouverture de la voie aux corporations, sont en train d’échouer.
Sûrement, la presse mondiale veut faire…
Auteur: Oleg YASINSKY

