OK SAORGE

Vendredi 16 octobre au matin, Ticho est mort. C’était un dragueur lourd, un musicien hors pair, un vieux punk dégarni, morveux, qui ces derniers temps se chiait dessus en parvenant, quand il n’était pas sous oxygène, à s’enquiller des quantités admirables de bières et de joints. Un survivant. D’ailleurs son groupe Long Time Survival – mythique au-delà des Alpes – aura nommé la prophétie, et Ticho l’aura accomplie. Il m’apparaissait increvable. Un vieux de la vieille. Quand les touristes se radinaient, on adorait sortir Ticho, qui leur aboyait des paroles en provençal. Il était chouette, il était chiant.

Avant de comprendre pour sa mort, j’étais au café-librairie. Je vois que c’est le jour de sortie du Manuel de survie. On l’a même reçu en avance. Je quitte les lieux après avoir imprimé quelques affiches. Je croise Moka, un vieil anar qui a vécu les belles années de la Butte aux Cailles. Il a une tronche d’enterrement. Il se radine devant la porte. Je lui dis qu’on est vendredi. Il me répond « tout est permis », je lui dis sauf qu’on est fermés. Il dit s’en foutre, parce qu’il attend les pompes funèbres. Je ne comprends pas. On se regarde, je lui dis ciao. Je remonte la ruelle du Vival, sans trop savoir pourquoi, c’est pas mon chemin d’habitude. Et j’arrive au niveau du Four. Ils sont tous là. Zylo qui regarde dans le vide, Noé qui a les yeux tout rouges. Je comprends maintenant, je m’arrête. Les larmes montent. C’est un peu incompréhensible, elles ne m’appartiennent pas vraiment, ce sont des larmes communautaires. Je monte au Bar le Pountin. Giovanni voit ma gueule de loin, me dit t’as appris la nouvelle. On se fait un câlin maladroit. Il est parti. Ça fait bizarre. Il ne pétera sur plus personne. Fita le lave, et tout le monde le veille en silence. La communion. Un mec se cache pour sangloter. Quelqu’un a mis de la musique. Son fils est là, assis devant. Quelques…

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Auteur: dev