Oleksandra Matviichuk dirige le Centre pour les libertés civiles, avec qui elle a obtenu le prix Nobel de la paix en 2022.
Comment décririez-vous l’état de la société ukrainienne après quatre années de guerre ?
Oleksandra Matviichuk : Vivre pendant une guerre de grande ampleur, cela signifie vivre dans une incertitude totale. Vous ne pouvez pas planifier votre journée, ni même les prochaines heures, car vous n’avez aucune idée de ce qui va se passer. Cela signifie que vous vivez dans une peur constante pour vos proches. Il n’y a aucun endroit sûr en Ukraine. La Russie frappe délibérément des bâtiments résidentiels, des écoles, des églises, des musées et des hôpitaux, presque quotidiennement.
C’est une vie difficile, mais je pense que les Ukrainiens sont beaucoup plus résilients qu’ils ne le pensent eux-mêmes. Ces temps traumatisants offrent l’occasion d’exprimer ce qu’il y a de meilleur en nous : être courageux, lutter pour la liberté, faire des choix difficiles mais justes, assumer ses responsabilités et s’entraider. Lorsque nous nous aidons les uns les autres, lorsque des gens risquent leur vie pour d’autres qu’ils n’ont jamais rencontrés, c’est à ce moment-là que nous sommes pleinement conscients de ce que signifie être humain.
Ressentez-vous une différence dans la société entre le début de l’invasion en 2022 et aujourd’hui ?
C’est toujours en dents de scie, car beaucoup de choses peuvent vous affecter. On ne peut pas s’habituer aux pertes constantes ; cela signifie que vous êtes régulièrement au plus bas. Une amie écrivaine m’a dit que, lorsque nous sommes au plus bas, nous ne sommes pas simplement « à terre », nous sommes dans des « tranchées émotionnelles ». Dans ces tranchées, parfois, on bat en retraite, parfois on se retrouve et on continue le combat. Nous sommes des humains, pas des robots.
Comment votre…
Auteur: Hugo Lautissier

