C’est en 2022, quand les Russes ont attaqué l’Ukraine, que le terme d’oligarques a surgi comme jamais dans l’actualité médiatique : pour faire pression sur le Kremlin, les puissances occidentales ont décidé de saisir les biens des oligarques russes qui se trouvaient sur leurs territoires respectifs. De fait, cela fait plusieurs décennies que le mot est le plus souvent employé à propos de la Russie postsoviétique : il désigne des milliardaires qui ont bâti leur fortune sur les ruines de l’Union soviétique grâce à la complicité du Kremlin.
Les analystes distinguent parmi eux deux groupes successifs. Dans les années 1990, d’abord, un petit nombre d’hommes a profité des privatisations pour mettre la main sur l’appareil de production à des conditions privilégiées et, tout en restant dans l’ombre, ces individus ont fortement influencé les choix du pouvoir. Au contraire, à partir des années 2000, la petite minorité qui s’enrichit grâce à l’appareil d’État jouit certes d’un pouvoir économique colossal, mais ne doit plus se mêler des décisions politiques, qui sont du seul ressort de Vladimir Poutine]
Le mot désigne donc un petit groupe, une élite de l’argent bien spécifique, qui détient une forme de pouvoir, même si celui-ci n’est pas directement politique et officiel, mais plutôt économique et fondé sur la connivence avec les dirigeants. Même péjoratif, le terme a un sens objectif, car les personnes qu’il désigne ont des caractéristiques relativement bien définies.
Il n’en va pas de même d’autres emplois récents de cette famille de mots. En ces débuts de XXIe siècle, « oligarchie » a aussi connu un regain de faveur dans la rhétorique journalistique et politique française, pour critiquer cette fois la démocratie telle qu’elle est] ou pour invectiver l’adversaire politique. Le mot sert parfois à désigner de manière polémique la classe dirigeante ou un groupe…
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Auteur: Dominique Lenfant, Professeure d’histoire grecque, Université de Strasbourg

