Omnibus, une simplification dangereuse
Simplification. Il suffit d’un mot pour envelopper une réforme majeure dans un emballage rassurant. En décembre 2025, la Commission européenne a présenté son dixième texte de simplification des normes, baptisé « omnibus sur la sécurité des aliments« . Derrière ce titre technocratique, une philosophie nouvelle s’installe : celle de la dérégulation assumée.
Le texte touche au règlement 1107/2009, le socle juridique qui encadre l’autorisation des pesticides dans l’Union européenne. C’est le cœur du dispositif de protection sanitaire et environnementale construit, ajusté et renforcé depuis trois décennies. Modifier ce règlement, c’est changer les règles du jeu pour l’ensemble de l’agrochimie européenne.
La Commission présente l’opération comme un rééquilibrage : concentrer les contrôles sur les substances les plus dangereuses, alléger la charge administrative, favoriser les produits « durables ». Mais les ONG, les chercheurs et une partie du monde médical y voient autre chose.
Des autorisations sans horizon
La mesure la plus radicale est aussi la plus simple. Aujourd’hui, chaque pesticide doit être réévalué tous les dix à quinze ans, confronté aux connaissances scientifiques les plus récentes. Ce mécanisme permet, en théorie, d’actualiser les autorisations à mesure que la toxicologie progresse. L’omnibus le supprime pour la majorité des substances.
À l’avenir, seules les molécules classées parmi les plus dangereuses resteraient soumises à un contrôle périodique. Pour les autres, l’autorisation deviendrait permanente, sauf alerte majeure.
La Commission assure qu’il sera toujours possible de réévaluer un produit si de nouvelles données inquiétantes apparaissent. Mais sans échéance inscrite dans la loi, sans obligation formelle de réexamen, qui déclenchera la procédure ? Avec quels moyens, dans des administrations déjà sous…
Auteur: Isabelle Vauconsant

