M’Tsangamouji (Mayotte), reportage
À quelques pas de l’ancienne usine sucrière de Soulou, dans le nord de l’île de Mayotte, une vingtaine d’agriculteurs sont assis sous un kiosque, à l’abri d’un soleil de plomb. Sur le bord de la route, une pancarte orange annonce pour le 8 juin le début de l’enquête publique préalable à la déclaration d’utilité publique (DUP) d’un aérodrome, un projet décrié qui doit sortir des terres fertiles de ce secteur.
D’ici 2036, l’aéroport de Bouyouni-M’Tsangamouji et sa piste de 2 730 m empiéteront sur 300 à 400 hectares de terrains à fort potentiel agricole. « Plus d’une centaine d’agriculteurs vont perdre leurs terres », explique Boinali Saindou, cultivateur. Le 24 mai, ils se sont réunis pour la première fois pour faire entendre leur voix. « Il faut qu’on crée une association pour participer aux réunions sur ce projet », insiste-t-il auprès de l’assemblée.
Assis sur un banc, Ibrahim craint qu’il soit trop tard, les travaux devant commencer en 2027 : « On n’y croyait pas, mais on voit que les étapes avancent. » Comme lui, les paysans et le reste de la population ont longtemps pensé que le projet verrait le jour ailleurs.
Depuis les années 2000, habitants et élus réclament un allongement de la piste actuelle sur le lagon, à Pamandzi, en Petite-Terre. Trop courte, cette dernière impose plusieurs contraintes techniques qui limitent et rallongent les liaisons, tout en influençant le prix des billets, pouvant atteindre plus de 2 000 euros pour se rendre dans l’Hexagone.
« L’aéroport va passer juste à côté »
En 2019, des études ont été lancées pour agrandir la piste. Mais l’émergence du volcan sous-marin Fani Maoré à la même période, à 50 km de Petite-Terre, a rebattu les cartes. Le maintien de la piste à long terme devenait inenvisageable en raison des séismes, selon la Direction générale de l’aviation…
Auteur: Marine Gachet

