« On a été dupés » : dans cette petite ville du Gard, une présidentielle sans enthousiasme

Saint-Ambroix (Gard), reportage

Beaucoup de soleil et de cafés en terrasse, mais peu de tracts. Dans la petite ville gardoise de Saint-Ambroix, en ce mardi matin de marché, l’atmosphère n’est pas particulièrement préélectorale. On préfère prendre des nouvelles de la famille plutôt que de lancer des débats politiques sur le premier tour de la présidentielle programmé dimanche 10 avril.

Dans les allées, en ce jour de semaine, on croise surtout des cheveux blancs. « J’ai mon opinion, mais je n’en parle pas ! » lâche Mireille, 75 ans. Panier au bras, entre le charcutier et un étal de légumes, elle accepte quand même d’engager la conversation. « Mais j’irai voter », souligne-t-elle. « Les gens se plaignent, mais si vous ne votez pas, vous vous plaignez de quoi ? »

Un camaïeu de rose colore son manteau, les lunettes sont assorties. Elle vit à Barjac, l’une des bourgades tranquilles et coquettes de la plaine gardoise. « Mon premier souci, c’est l’immigration, les jeunes qui font des âneries dans les quartiers », lâche-t-elle. « J’ai grandi dans un quartier d’Avignon, c’était tranquille, on n’était pas riches, mais on se respectait. Maintenant, tout est cassé. J’ai dû partir. » En 2017, dans le Gard, Marine Le Pen était arrivée en tête au premier tour, avec 29 % des voix. À Saint-Ambroix aussi : elle avait fait 34,4 %. Et l’écologie ? « Ce n’est pas ma priorité », indique-t-elle. « Cela n’intéresse pas les gens. »

Fraises et asperges sont les stars des étals. © Marie Astier / Reporterre

Pourtant, « on en est à un stade où il faut vraiment changer », lance spontanément Michelle, 71 ans « tout juste ». Elle fait justement partie d’une association de son village qui tente d’empêcher un circuit automobile « en pleine garrigue », déplore-t-elle. « Je suis dégoûtée par les élus, ils ne font rien. » Pourtant, sa déception ne l’empêche pas d’aller voter. « J’y vais toujours. J’hésite entre une personne et un bulletin blanc », dit-elle sans vouloir donner de nom. Elle a même récemment assisté à une réunion, où le programme de ce candidat mystère était présenté. « Il y avait 95 % de personnes entre 40 et 70 ans, et seulement 5 % de jeunes », admet-elle. « Même dans les repas de famille on parle de moins en moins politique. Avant ça faisait des clashs ! » Carré gris, doudoune de couleur sobre, son air sérieux va bien avec son ancien métier : fonctionnaire territoriale. « Les huit…

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Auteur: Marie Astier (Reporterre) Reporterre

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