Comme à chaque période de contestation sociale et politique, le mépris de la police se propage et s’amplifie dans la population. Peut-on cependant se laisser aller à ses intuitions et sentiments viscéraux sans les examiner davantage ? Cet excellent texte nous propose une anatomie de ce personnage mystérieux, pittoresque mais parfois terrifiant : le CRS.
On a maté les CRS dans les trois sens du terme. Voyons comment.
Dans un premier sens : les CRS ont été vus grâce à notre système de vidéosurveillance décentralisé qui s’appuie sur l’omniprésence des smartphones. Si la plupart des exactions policières restent invisibles, un échantillon suffisant est néanmoins prélevé puis diffusé en masse.
Quand on mate les CRS, l’éventail d’actes répugnants surprend par sa diversité : testicule broyé à coup de bâton, hordes de police enragées matraquant des passantes ; ici, ils détruisent des terrasses de café et puis là, ils jettent un SDF à terre, le traitent de “sac à merde” et empêchent les bonnes âmes de le relever. Pensons encore à cette fameuse droite assénée gratuitement, avec une arme de catégorie D (gants de protection !). Horreurs qui n’en finissent pas : œil explosé, pouce arraché, visage pulvérisé… Bref, il suffit d’ouvrir une page web pour le constater : on a maté les CRS et vu de nos yeux le massacre des innocents en cours.
Le deuxième sens intervient comme conséquence du premier : dans la mesure où les CRS sont ainsi vus dans leur nudité monstrueuse, on les mate à chacun de leurs coups et le roi se trouve mis en échec, sans issue possible. Quand on mate les CRS, on veut descendre dans la rue en masse. Tout décideur fonctionnel composerait avec cette fatale boucle de rétroaction positive : plus il y a de répression ostensible, plus la pression populaire augmente et plus la pression populaire augmente, plus il y a de répression ostensible. Le ba.-ba de la théorie des systèmes nous enseigne qu’il y a là un effet d’emballement, avec une amplification démentielle des phénomènes mis en jeu par le player.
Dans le domaine écologique, de telles réactions provoquent des effondrements de populations. Sur le plan technique, vous aurez des court-circuits. En physique, vous causerez des explosions. Et en politique, vous irez droit vers la révolution. Ce dernier mot est d’ailleurs le titre du premier ouvrage de Macron, ce joueur invétéré dont la folie du chiffre se manifeste dès qu’elle se heurte au nombre. On a maté les CRS signifie donc que le…
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Auteur: dev

