« On a rayé des cartes les petits cours d'eau, et la sécheresse s'est répandue »

Stéphane Salord et Christine Ferrario sont cofondateurs et coprésidents de l’association de protection du fleuve côtier l’Arc, Arc fleuve vivant, d’Aix-en-Provence.


La France a longtemps été un pays de rivières mais aussi de « petits chevelus » qui irriguaient merveilleusement les paysages, rechargeaient les nappes phréatiques, nourrissaient les zones humides et les grandes vallées. Aujourd’hui, ce réseau fin de milliers de petits ruisseaux — rus, béals, filets d’eau de tête de bassin versant — se défait silencieusement, et alimente la terrible sécheresse que nous connaissons, tout autant que le déficit de pluie.

Cette affirmation n’est pas du catastrophisme. Elle découle de constats d’observation réalisés sur les petits cours d’eau, de bulletins hydrologiques, de mesures des nappes phréatiques, de cartes de sols dégradés réalisés dans toute la France sous le contrôle d’Eau France par Ades, la banque d’accès aux données de quantité et de qualité des eaux souterraines.

Ces relevés racontent la même histoire : la géographie de notre pays bascule vers des changements de paysages considérables, défavorables aussi bien à l’agriculture qu’aux humains — sans même parler des non-humains, de plus en plus vulnérables avec la prolongation des sécheresses.

Victimes de l’agriculture productiviste et de l’urbanisation aveugle

Pour comprendre cette disparition des petits cours d’eau, remontons un peu le temps. Le 30 décembre 2006, une loi sur l’eau et les milieux aquatiques (Lema) était adoptée en France, qui transposait dans le droit une directive européenne visant à restaurer l’état écologique des masses d’eau douce d’Europe d’ici à 2015.

Certains syndicats agricoles n’ont pas vu cette ambition d’un bon œil, notamment la FNSEA, représentant majoritaire de l’agriculture productiviste, désormais contrainte d’interdire les rejets de nitrates dans les…

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