Fessy (Haute-Savoie), reportage
Il est encore tôt, le 25 septembre, l’herbe est humide de rosée et la brume se lève à peine. Derrière le village qui se réveille, le bruit des machines du chantier de l’A412, cette autoroute payante de 16,5 kilomètres qui doit relier Thonon-les-Bains à Machilly, en Haute-Savoie, résonne déjà dans la vallée. Comme tous les matins depuis que les travaux ont démarré, début septembre, des militants de tous âges et de tous horizons se sont donné rendez-vous pour aller ensemble voir le chantier opéré par Amedea, filiale d’Eiffage. Le lieu a été décidé la veille, via une boucle Signal qui compte plusieurs centaines de personnes.
Anne Granget, éleveuse de chevaux sur la commune de Lully et dont le terrain est fortement affecté par le chantier, briefe le groupe du jour. Avant de partir, elle distille quelques conseils sur les contrôles d’identité, quasi-systématiques par les gendarmes qui surveillent le chantier tous les jours, et sur les gardes à vue, alors qu’une douzaine d’interpellations de militants ont déjà eu lieu depuis le début du chantier. « Tout le monde est prêt, on y va ? On a un quart d’heure de marche, c’est bon pour tout le monde ? » interpelle Anne, et le groupe d’une dizaine de personnes se met en route.
Sur le trajet, deux femmes racontent leur interpellation et leur garde à vue de plusieurs heures, qui a eu lieu au début du chantier. Elisabeth, retraitée, console sa jeune amie Maud, qui s’inquiète des possibles conséquences de sa garde à vue sur sa recherche d’emploi. « C’est de l’intimidation, il ne faut pas se laisser faire ! » s’insurge Elisabeth. « Le problème, c’est que ça marche », souffle Maud. Les deux femmes sont convoquées pour passer dans les prochains jours devant le procureur de Thonon-les-Bains, et ont déjà écopé de 300 euros d’amende.
« Être présents sur le terrain tous les jours, ça leur…
Auteur: Raphaëlle Lavorel
