Arvieux (Hautes-Alpes), reportage
Clément Desvignes s’installe derrière sa scie à chantourner. Casque sur les oreilles, il dépose son pied sur la pédale pour ajuster la vitesse de sa tige tranchante. La soufflerie se met en marche. Il attrape une planche de pin et la glisse contre la lame. Trente secondes lui suffisent pour découper la silhouette d’une marmotte. Il passe alors son doigt le long du dos de l’animal pour vérifier la courbe et les éventuels à-coups. « Il n’y en aura jamais deux identiques », sourit le menuisier. La pièce de bois ira rejoindre les étagères de la boutique des Jouets du Queyras, où Clément Desvignes travaille depuis novembre 2024.
Installée dans un chalet à Arvieux, au cœur des montagnes du Queyras (Hautes-Alpes), cette usine de jouets a été créée en 1920 pour éviter l’exode rural des habitants, qui fuyaient en hiver cette vallée enclavée pour travailler dans les grandes villes.
À l’époque, près de 60 familles façonnaient des jouets, les hommes à la découpe, les femmes à la peinture. Ce travail artisanal s’est perpétué pendant une centaine d’années, jusqu’en juin 2023. À cause du Covid, de la concurrence des jouets chinois et de la hausse du prix des matières premières, l’usine a traversé une grave crise financière et a été placée en liquidation judiciaire.
Mais une poignée de passionnés s’est attelée à la sauver. En septembre 2023, trois « anciens » du village — Jean-Paul Blanc, Alain Blanc et Raymond Thomas — ont lancé une association à laquelle plus de 200 personnes ont adhéré, promettant d’acheter des parts sociales de la nouvelle coopérative. Ces sociétaires venaient de toute la France aussi bien que du village, comme Corinne Ferrari-Portafaix, une Marseillaise d’origine qui vit à Arvieux depuis 2013.
Avec d’autres bénévoles, elle s’est activée pour remettre en état les locaux, relancer la fabrication des jouets et se…
Auteur: Baptiste Soubra, Laury-Anne Cholez

