Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), reportage
Gestes délicats, cambouis sur les doigts. La vis de l’arrache-manivelle se glisse sans accroc dans le pédalier capricieux d’un vieux vélo. Hadi Dia Ly empoigne une clé à cliquet et commence à tourner. « Quand j’ai commencé, il y a un an, c’était dur. Je ne savais pas tenir les clés et je n’arrivais pas à serrer. » Le cliquetis d’horlogerie que fait sa clé contraste avec l’allure déglinguée de la bécane. « Mais j’ai appris et aujourd’hui, je n’ai plus besoin d’aide, même chez moi quand j’ai un meuble ou de la plomberie à réparer ». Avec son collègue Tom Ho, artiste peintre en reconversion dans les pignons et roulements à billes, la jeune mère de famille donne une seconde vie à ce biclou débusqué dans une déchetterie locale. « Les gardes-boue sont rouillés, on va les poncer et les repeindre », dit Tom Ho.
Avec leurs dix collègues en contrat d’insertion, ces mécanos sont aussi ici pour se retaper. Vingt-huit heures par semaine, payées au Smic, pendant un an renouvelable une fois. Le temps d’apprendre le métier, de se réhabituer au monde du travail et de peaufiner un projet pour rebondir avec l’aide de Mina Lomba, accompagnatrice socioprofessionnelle. « Être mécanicien vélo permet de toucher à tout, résume-t-elle, nous ajoutons à cela l’aide nécessaire pour rédiger un CV, utiliser l’informatique, apprendre le français ou passer le permis de conduire. »
L’atelier Solicycle, installé au pied des immeubles de la cité Gabriel Péri, en centre-ville de Saint-Denis, joue un rôle crucial pour donner accès au vélo, fabuleux outil d’émancipation. Ses mécanos retapent des vélos destinés à la casse ou oubliés dans des caves, qu’ils revendent au prix cassé (250 vélos vendus par an, à 90 euros en moyenne) ; ils réparent les vélos des particuliers ; encadrent chaque samedi des ateliers d’autoréparation,…
Auteur: Erwan Manac’h

