À l’annonce des résultats des élections législatives anticipées, la forte mobilisation des électeurs a cédé la place à une grande frustration. Certains ont le sentiment de s’être fait voler l’élection, d’autres sont lassés de voter « contre »… Sommes-nous face à une crise institutionnelle qui touche aux limites de la Ve République ?
Charlotte Girard : Il y a quelque chose d’une crise institutionnelle, et même constitutionnelle. Mais je ne suis pas sûre que ce soit lié à la Ve. C’est davantage lié aux options économiques et politiques offertes qui mettent les électeurs devant des alternatives ultra-frustrantes, comme devoir se prononcer entre un candidat de centre droit ou de droite et un candidat d’extrême droite, plutôt que de pouvoir choisir une alternative politique réelle. Cet effet de confiscation du choix, très dommageable à la démocratie, se retrouve dans d’autres pays qui n’ont pas notre constitution.
On est dans une situation de gouvernement minoritaire qui n’est pas pensé par la Ve.
En revanche, ce que la situation révèle des institutions de la Ve République, c’est qu’on n’arrive plus du tout, avec le système pensé en 1958, à constituer des majorités quand on est président de la République ou à la tête du pouvoir exécutif, alors que ces institutions semblaient avoir été pensées pour disposer d’une majorité à tous les coups. Cela semble aujourd’hui assez inextricable. On a une sorte d’incompatibilité entre ce que permet la Ve République, dans un sens toujours favorable au président, et la situation concrète dans laquelle on se trouve : une absence de majorité. Là, c’est comme si les électeurs avaient déjoué la logique de la Ve République qui ne fonctionne véritablement que si une majorité existe. On est dans une situation de gouvernement minoritaire qui n’est pas pensé par la Ve.
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Auteur: Michel Soudais

