Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau (éditions Les Liens qui libèrent), paru le 8 avril, est un livre qui justifie amplement son titre. Les journalistes Fabien Benoit et Nicolas Celnik, collaborateurs réguliers de Reporterre, y décrivent comment l’agro-industrie, les industries d’eaux en bouteille, celles du numérique et d’autres encore privatisent toujours plus ce bien commun que devrait être l’eau.
Souvent avec la complicité du gouvernement et en faisant régner la loi du plus fort. Nous en publions les bonnes feuilles, consacrées au premier des consommateurs d’eau : l’agro-industrie.
Un rapport de 2024 a tenté de chiffrer ce que l’agriculture conventionnelle coûtait à la France : pas loin de 45 milliards d’euros par an. D’après ses calculs, 19 milliards d’euros (le double du budget alloué à la planification écologique) sont engagés pour compenser les dégâts de l’agriculture industrielle. Le reste, outre les 9,5 milliards d’euros touchés au titre de la PAC (Politique agricole commune), est une série de subventions perçues par les agriculteurs, les maillons intermédiaires, et la distribution, sous forme d’exonérations de cotisations sociales, d’exonérations fiscales et de dépenses budgétaires propres à l’État.
Des voix se font bien sûr entendre pour demander un rééquilibrage des subventions et plus d’aides fléchées vers une agriculture moins gourmande en eau. Encore faudrait-il qu’elles puissent trouver un écho dans les parlements de l’eau. Et que les esprits soient apaisés lorsque l’on évoque la gestion de l’eau — ce qui est loin d’être le cas.
La loi du plus fort
On peut aujourd’hui se promener le long de la retenue d’eau de Caussade, dans le Lot-et-Garonne, et n’y voir qu’un bucolique étang artificiel dans lequel les hirondelles viennent s’abreuver au printemps. Pour les connaisseurs du dossier, cette retenue…
Auteur: Fabien Benoit, Nicolas Celnik

